DES RAISONS D’EXPOSER, ET DE CE QUE LA RAISON IMPLIQUE

 

Il nous est possible de voir un cheminement causal dans l’acte artistique, quel que soit le genre ou la direction d’une œuvre. Dès lors que l’on entreprend d’exprimer par un quelconque médium une émanation directe de notre imaginaire, une interprétation de nos visions ou de nos contemplations, il devient impossible de séparer l’acte de création et l’acte de transmission. Par exemple celui d’exposer les œuvres et par ce fait d’exposer leur créateur. Si mon propos n’est pas de prouver un art véritable ou de trouver une raison vérifiable à l’art, il conviendrait de donner une explication personnelle de ce lieu commun que l’on appelle l’expression artistique dans ce que l’authenticité de l’œuvre qui en résulte peut être dépendante de notre volonté. Cette part de volonté, pour ma part est dans l’attention portée à la perception, de ce qui est factuel ou non en « ce » qui nous entoure, nous traverse, nous fait apparaître ou disparaître (vivre/mourir) soit ce qui constitue « nos » réalités. Pour cause il ne suffit pas d’avoir l’envie ou le besoin d’expression pour que l’oeuvre soit une particularité culturelle ou humaine, faut-il encore percevoir et méditer le perçu, au delà du cadre mondain, pour qu’il émane de nous une vision impossible à travestir, indomptable par la mode ou les croyances, une perception où rien n’est laissé pour compte, où l'on ne juge pas le perçu en opposant physique et métaphysique, et où la visualisation du sensible (visible ou non) n’est pas la valeur absolue de l’acte artistique. Bien que je pense que nul absolu soit nécessaire, il est pour moi clair que c’est dans la capacité d’être une « jonction » entre les réalités qui constituent notre monde, un pivot pour passer de la vision à l’idée, de là aux émotions, du ressenti à l’opération qui permet de mettre au monde ce qui a été perçu. Cela dit un mot d’origine sémitique convient parfaitement pour exprimer mon idée : "Tarjiman" qui donne le mot "traduction" ou encore " truchement"  en Français. L’œuvre d’art n’est pas la soumission de la réalité à la liberté prétendue des humains, mais le processus qui permet à un humain d’accoucher l’œuvre, pour y faire face, pour faire face au monde. C’est pour cette même évidence, je présume, que j’ai abouti à l’idée des « corps étrangers »